Le conformisme numérique : cette infertilité nécessaire sur le web

 

Conformément aux lois internes aux groupes…

Le conformisme c’est tout simplement l’effet de l’influence majoritaire. Dans tout groupe, social ou non, il existe des normes internes qui régissent son bon équilibre et fonctionnement. Ce maintien induit ainsi des effets d’influences inter-personnelles qui supposent que les individus doivent se conformer à la majorité pour pérenniser son existence. Ce sont ces pressions sociales, internes aux groupes sociaux qui modifient les opinions et surtout les actes de ses membres.

Le conformisme est souvent connoté négativement dans notre société car on a tendance à imaginer qu’une personne qui se conforme est incapable de défendre ses idées. Pourtant en réfléchissant, tout le monde se conforme plus ou moins selon les situations (aller au travail, avoir une tenue décente lors d’un rendez-vous pro, etc). Dans un certain nombre de contextes, le conformisme est même valorisé. Le sport par exemple ne peut fonctionner si le joueur ne se conforme pas aux recommandations de son entraineur  pour attendre un but commun (bon si d’accord avec Raymond Domenech :P). En ce sens tout entité groupale (entreprise, famille), ne peut subsister si la majorité de ses membres ne partagent pas des règles communes et s’y conforme.

On comprend alors que ce mécanisme de compromis s’avère être essentiel pour assurer l’existence d’un groupe et de sa cohésion. Ne pas se conformer du tout reviendrai à s’exclure d’une existence sociale et annihilerai notre évolution.

Pourtant dans le cadre d’une appartenance sociale qui n’est pas régie par une autorité toute puissante (professeur d’une classe,etc), le conformisme ne peut-il pas desservir la créativité et la diversité des échanges entre les sujets qui y évoluent ? La communauté d’une marque présente sur le web doit-elle réellement se conformer à votre avis ou à celui des autres ? Bien sur que non me direz-vous… Pourtant les faits peuvent vous surprendre !

 

L’effet Ash

Ce concept a été découvert par Asch qui lui a donné son nom. S’interrogeant sur la conformité dans le cadre de la 2nd guerre mondiale, il se pose LA question : « Pourquoi les individus se conforment –ils  à une majorité alors qu’ils ne sont pas d’accord ? ». En effet, comment peut-on comprendre le conformisme à une idéologie totalitaire comme le nazisme ? Au-delà de ce simple constat, il a poussé sa réflexion pour se demander si l’individu se conformait également ou non aux pressions implicites d’un groupe même si ce dernier a des positions contraires au siennes. En d’autres termes, certains conformistes résistent-ils officieusement à ces pressions pour conserver leur propre opinion et ainsi rester autonome ?

Il a donc réalisé une expérience où dans un groupe de 9 personnes, il y a uniquement un sujet dit « naïf » (le sujet test) et 8 complices. Face à une suite de formes logiques, chaque membre du groupe devait à tout de rôle annoncer sur un panel la forme qui devait suivre. Le sujet test est l’avant dernier à parler. Bien entendu les complices n’allaient pas tout le temps donner les bonnes réponses. Sur 18 questions posées, ils vont donc sciemment donner de fausses réponses avec conviction en formant une majorité écrasante.  Le sujet test doit impérativement croire que chaque sujet est indépendant dans ses choix. Dans la condition témoin, on observe un pourcentage d’erreur de 32% au test pour les sujets naïfs, alors qu’il est de 0% dans le cas d’un test individuel. Sur 50 personnes, 37 sujets se sont conformés au moins une fois à la majorité.

À partir de ces résultats Asch va réaliser différentes variantes de son expérience pour dégager des normes. Au vu des chiffes obtenues, on peut imaginer que plus le groupe et grand et plus la conformité sera élevée. Et bien pas du tout ! On constate que la conformité n’augmente plus au-delà de 4 personnes. Pourquoi ? Tout simplement car au-delà de ce seuil, les sujets testés commencent à nourrir des suspicions sur l’objectivité et la crédibilité des réponses des participants et à penser qu’ils ont été eux-mêmes influencés par les réponses des autres membres. Ce n’est donc pas la quantité qui génère une influence mais bien la perception que l’individu a de la majorité. On comprend donc que le phénomène de conformité est déjà maximal avec seulement 4 membres dans le groupe. Combien de « communautés » sur le web ont moins de 4 membres ?

Notons cependant que le conformisme augmentera si l’individu est exposé à l’influence de deux groupes de 4 personnes et non pas un seul groupe de 8 personnes. Poser vous la question de savoir pourquoi quand on vous parle d’une marque que vous n’avez jamais testée vous avez quand même un avis ? Car c’est bien les échos qui vous sont parvenus aux oreilles qui vous ont fait adhérer ou non à l’opinion que vous en avez. Sur la toile il y a tellement de sources qu’on est forcément influencé de prime abord. Comment avoir sa propre opinion, objective à notre ressenti  alors qu’elle est sans doute la résultante d’un conformisme latent ?

 

Les personnalités qui font la différence…ou pas

Dans les groupes sociaux, pas évident de défendre une opinion si elle est minoritaire. Face à une vingtaine de commentaires qui critiquent votre point de vue, aurez-vous le cran de réitérer votre audace ?  C’est tellement plus facile de soutenir les premiers courageux qui ont osé s’opposer à la majorité…suivre le mouvement tout simplement.

Pourtant il existe bien des personnes qui défendent leurs avis envers et contre tout. Ces éléments sont rares car il faut savoir faire face à l’adversité. Mais c’est précisément ces personnes qui osent qui créeront des mouvements de pensée qui pourront devenir majoritaires par la suite.

La majorité des membres de votre communauté vont donc le plus souvent se conformer à une idée dominante ou se rallier à une cause socialement soutenue, c’est un fait. Mais quelles sont les vrais raisons de cet « auto-bâillonnement » ? Quelles sont les raisons qu’ils donnent à travers ce geste ?

Voici leurs principales raisons :

-          Ne pas être perçu comme « déviant » et différent par peur d’être rejeté.

-          Volonté d’éviter les conflits

-          Représentation universelle selon laquelle on ne peut pas se tromper collectivement

-          La majorité créer un doute sur sa propre perception

-          Manque d’estime de soi et d’affirmation de ses idées

Face à ces confessions, Kelman suggère que le conformisme pourrait résulter de 3 processus différents :

-          La complaisance : Le fait qu’il y est une acceptation publique du comportement mais sans adhésion privée. C’est un moyen de préserver son intégration sociale. Effet à durée limitée.

-          L’identification : Céder à la pressions sociale car le groupe nous parait attrayant. Les membres possèdent des caractéristiques que l’individu veut posséder pour leur ressembler. Effet à long terme.

-          L’intériorisation : Croyance profonde (publique et privée) aux propos du groupe. Leurs opinions sont intégrées dans le système de valeurs de l’individu. Effet le plus durable.

Ces formes de conformismes ne sont pas indépendantes les unes aux autres. Il peut donc avoir une réelle évolution et un individu peut passer chronologiquement par ces différents stades.

 

Que faire ?

Avoir une communauté c’est bien, avoir une communauté participante et force de propositions c’est beaucoup mieux. Pour avancer avec vos clients, vous êtes donc dépendant de leur participation, surtout dans les cas de co-branding.

Veiller donc à inciter tout le monde à prendre la parole. Montrer que chacun a un droit de parole et qu’aucune question n ‘est bête. Éviter les propos fermés qui gangréneront la participation de vos clients et renchérissez sur le fait que c’est dans la confrontation d’idées opposées  que les échanges deviennent productifs. N’oubliez jamais que la différence est une force.

Favoriser les initiatives pouvant laisser libre court à leur imagination et les questionnaires pouvant les laisser répondre anonymement (et donc sans jugement). Le but est d’éviter les communautés trop lisses et homogènes.

 

Avez-vous déjà pensez à ces problématiques ?

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5 Responses to “Le conformisme numérique : cette infertilité nécessaire sur le web”

  1. Toute vérité franchit trois étapes. – D’abord, elle est ridiculisée. – Ensuite, elle subit une forte opposition. – Puis, elle est considérée comme ayant toujours été une évidence.
    Citations de Arthur Schopenhauer

  2. VERONIQUEM says:

    Cette problématique me semble d’autant plus intéressante qu’elle s’inscrit en France dans un fond psychologique particulièrement surprenant de recherche de conformité aux règles par complaisance combinée à une volonté individuelle forcenée de contourner les règles. Ainsi donc, l’affichage des règles républicaines LIBERTE EGALITE FRATERNITE auxquelles tous adhèrent en théorie…..

  3. Enfin un écho à mes pensées ! Ou les français joue le jeu de l’individualisme pour se démarquer et ne renient pas l’importance d’une société soudée ou bien alors on se dit pour l’égalité en société pour mieux cacher ces vraies convictions.

    Ce qui en effet peut être problématique.

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