Les Community Managers sont-ils tous « Ego » ?

 

Question : L’égo nous rend-ils tous égaux sur le web ?

Réponse : Non.

C’est promis, cet article ne comportera pas d’alexandrins ou de blagues potages style OSS 117. Réflexion faite, oubliez ma promesse pour les jeux de mot, c’est peine perdue. Dans ce billet, vous trouverez plutôt une analyse autour de l’influence de notre égo sur nos désirs et nos actions sur la toile. Un réquisitoire sur la nature des internautes et sur le besoin d’accomplissement.

Je ne m’intéresserai pas aux concepts de vanité ou de narcissisme qui sont liés à l’Ego, mais plus à l’égocentrisme. Rassurons les âmes sensibles, ce billet n’est pas un hymne à la petite maison dans la praire, mais plus un point de vue qui cherche à faire prendre du recul, le temps d’une lecture.

Mais en vrai, l’égo, késako ?  Quel est son impact sur notre perception du média Internet ? Pourquoi le web social flatte-il notre égo ? Comment les Community Managers doivent-ils gérer cette problématique ? L’individualisme prime-il vraiment sur la toile collaborative ? (Ouf…prise de respiration).

 

Définition : Here we go !

Non, l’Ego n’est pas une marque de jouets de construction pour enfant. L’Ego qui nous intéresse est issu du pronom personnel grec ἐγώ (« je / moi »). Ce concept désigne généralement :

« La représentation et la conscience que l’on a de soi-même. Il est tantôt considéré comme le fondement de la personnalité (notamment en psychologie) ou comme une entrave à notre développement personnel (notamment en spiritualité) ».

Chose intéressante, la culture dissocie l’aspect cognitif et social. Si notre « je » est un interlocuteur avéré, il peut d’avantage prendre la forme d’un « jeu » aux regard de notre culture contemporaine. Au fil des âges, le terme d’égo s’est transformé en une connotation péjorative car notre « bonne conscience » veut que penser à autrui avant de penser à soi est un mode de pensée convenable. Enfin dans les faits… car c’est un peu hypocrite.

Toute notre vie est régie par notre égo. C’est cette voix dans notre tête qui nous conseille, nous guide, nous aide à oser ou faire des erreurs. Il joue sur notre estime de soi, nos actes et même sur notre personnalité que l’on peut  modérer ou désinhiber selon le contexte.

« Je pense donc je suis » très bien cher René, mais à force de trop tirer sur la première personne du singulier, on peut oublier de regarder plus loin que le bout de son nez. L’égo peut ainsi amener au narcissisme, à l’égoïsme ou à l’égocentrisme. Ces deux premiers concepts mériteraient des lectures dédiées car ils impliquent une multitude de facteurs. En y réfléchissant, un article sur les « self-pictures » serait assez savoureux. Mais ce qui fait le plus écho chez nos alter-égos virtuels est à mon sens l’égocentrisme. Selon Wikipédia (dictionnaire virtuel représentatif de l’inconscient collectif on est d’accord !) : «  L’égocentrisme consiste à ne concevoir le monde que de son seul point de vue, il s’agit d’une tendance à ramener tout à soi, à se sentir le centre du monde » .

Ce «je» cartésien est donc à la base de toutes nos actions car il désigne la conscience que l’on a de notre personne. Ce n’est par pour rien que l’on écrit « Ego » avec une majuscule… Et si avant Internet, cette volonté d’imposer sa personne était déjà présente, l’e-réputation invite les internaute à laisser des traces pour ne pas tomber dans l’oubli et la désuétude. Les leviers de la viralité laissent apercevoir la possibilité de devenir quelqu’un pour ne pas être un « inconnu au bataillon 2.0″. Cette matérialisation de Lââm l’âme est très représentative des modèles sociaux que le web a développé.

 

Le Web comme outil de réalisation de soi

On a beau être 7 milliards de personnalités différentes, notre égo lui a souvent un appétit gargantuesque et insatiable. L’égo est un enfant capricieux qui réclame une attention toute particulière. Il faut l’entretenir, le protéger et le faire grandir. La croyance collective stipule qu’un bon égo prodique une bonne santé psychique et fait de nous des gens bien dans leur peau. Eu delà de ces considérations de surface, la vérité est qu’une personne qui a une bonne estime de soi a plus de chance de prendre la parole via un article ou un commentaire qu’une personne qui souffre d’une mauvaise image d’elle-même. Bref, la dynamique du web 2.0 est devenu le complice, la mauvaise fréquentation qui a fait ressortir le côté vénal de l’égo. Dorénavant, le letmotiv peut-être le suivant : Un petit pas pour le web, un grand pas pour mon égo.

Outre le fait de briser les codes de la communication traditionnelle, le web dit social a également créer un lieu de pèlerinage indispensable pour tous les égos en mal de reconnaissance. Les réseaux sociaux offrent la possibilité de s’entourer d’un réseau de contacts colossal (qui a 5000 vrais amis mis à part ce cher David Guetta? ). Les outils de publications nous pondent des statistiques glorifiantes  pour que les patrons boivent du petit lait. Les sites de microblogging nous donnent l’illusion de disposer de vraies « communautés » pour se croire en représentation à chaque publication. Ces caresses dans le sens du poil sont des mirages, on ne voit souvent que ce que l’on souhaite voir. Superficiels mais pas inutiles, ces indications servent de panneaux de signalisation à notre égo.

La vrai valeur des médias sociaux réside dans le fait qu’ils permettent de rendre accessible la réalisation de soi. Ce besoin existentiel qui a une place de choix sur la pyramide de Maslow est la dernière étape d’une longue liste. Si cet objectif était pendant des siècles presque inaccessible, son accès s’est clairement simplifié avec le temps. Pour beaucoup, la réalisation de soi passait par un accomplissement notable. La forme de reconnaissance était alors clairement identifiée, cela pouvait être d’avoir sa place dans le dictionnaire des noms-propres par exemple. Dorénavant, cette gratification s’obtient sur des sites de références, comme Wikipédia par exemple. Un constat s’impose ; les outils à notre disposition sur le web rendent le sentiment de réalisation de soi considérablement plus accessible. Même si nos objectifs pour atteindre ce sentiment ne sont pas toujours les mêmes, il sont grandement facilité et influencent généreusement la satiété de notre égo. C’est pour être pour cela également, que nous sommes parvenus à une mécanique bien huilée de partages et d’interactions.

Il existe différentes façon de polir son égo en 2012  :

  • Une appartenance à un groupe prestigieux (j’étudie à Harvard, je suis reconnu comme un « experts » en médias sociaux)

  • Une réalisation personnelle (j’ai écris mon bouquin, je tiens mon propre blog)

  • Des feedbacks valorisants sur ces interventions (J’ai un trafic vertigineux, des mentions par une influenceurs reconnus dans son secteur)

  • La construction d’un réseau de contacts démeusuré

  • Avoir un Klout de plus de 10, pour avoir le droit dentrée en boite de nuit

  • Etc.

Il est intriguant de noter que l’égocentrisme est souvent révélateur de failles chez les personnes. Les individus complexés passent beaucoup de temps à s’observer et pensent que le reste du monde les observe également. Les réseaux sociaux peuvent alors représenter un miroir malléable qui peut leur renvoyer l’image qui chassera leurs complexes, quitte à ce que ce reflet soit déformé (L’identité numérique : ce miroir déformant). Mais qu’il est bon de sembler être quelqu’un sur la toile alors qu’on ne sait pas vraiment qui on est  quand on sort de chez soi. Pour prendre la température sur le thermomètre de notre égo et aider à mesurer le poids de son « je », les outils du web 2.0 prennent le rôle de boussoles approximatives mais réjouissantes.

Ce qui est sûr, c’est que les autres sont toujours le reflet qui nous font percevoir la lumière que l’on peut soi-même dégager. Mais valoriser l’égo, c’est avant tout lui passer de la pommade. Et en y réfléchissant, cette mascarade relève plus d’une masturbation mentale vitrine car la pommade ne passe pas le cap de l’épiderme. Elle ne se diffuse pas durablement mais s’évapore presque aussitôt après l’application. Il ne s’agit pas d’être heureux, mais d’être réconforté à un moment précis.

 

L’individualisme à l’heure du social

L’ennui majeur avec l’égo, c’est qu’il pense à lui avant de penser à son voisin. Pire, il peut créer l’impression de donner de la « valeur » aux gens qui nous entoure. On nous conseille d’évaluer les risques en fonction des internautes, de valoriser les plus engagés et chouchouter les plus influents. En ce sens, chaque action sur le web n’est jamais totalement désintéressée.

En parallèle, Internet est devenu un nid à intérêts et enjeux. Pour cela, l’individualisme prédomine, et tanpis si l’on marche sur les pied des autres. Étymologiquement, « L’individualisme est un conception morale, politique et concrète de la primauté et de la préexistence de l’individu par rapport à tout autre chose que l’on pourrait lui opposer ». Mais au fil du temps, ce concept a progressivement désigné une volonté de se démarquer de ses pairs en se focalisant sur ses propres attentes et besoins.  

Internet est devenu un melting pot labyrinthique pour qui veut y rentrer. Pour cela, les gens ont besoin de repères. Mais ces créations collectives sont des aides qui peuvent parfois se transformer en pièges. Pour catégoriser et hiérarchiser les internautes, c’est l’influence sociale qui a dégainé la première. Mais les outils comme Klout ne sont jamais que des solutions qui colmatent les trous et qui se veulent rassérénant. Ce ne sont que des solutions de secours et ils ne constituent pas des indicateurs fiables. Cette tendance néfaste à toujours vouloir tout rationaliser génère une dictature de l’égo qui peut amener l’internaute lambda à sans cesse se démarquer, simplement pour se faire voir. Vous me direz, c’est bien ce que les marketeurs et les publicitaires recherchent ; cette volonté de s’engager est plus que séduisante.

Mais notre but dans la vie est-il réellement de se différencier, de sortir du lot ou d’exister sur la toile ? À en juger par les recommandations des experts en recrutement, il vaut mieux arrêter les pérégrinations, faire profil bas et jouer le jeu pour espérer trouver un emploi. On a beau penser quelque chose, on peut être condamner à faire son contraire. La réalité s’impose toujours d’elle-même.

Cet esprit de compétition implicite pousse la foule virtuelle à sans cesse vouloir être le premier à lever la main pour se faire remarquer. C’est normal, bon nombres d’entreprises ont des enjeux financiers derrière leur présence web. Mais notre égo nous conduit à penser compétition plus que collaboration. Et en ce sens, le relationnel peut s’effriter pour laisser place à des liens par prescription.

Dans cette course infinie à l’égocentrisme on peut avoir tendance à oublier de souffler, voire de ne plus se souvenir des motivations qui nous poussent à courir. Pire, on relègue totalement le fait que ce qui nous fait le plus avancer, c’est prendre du plaisir. J’ai conscience que cette primauté de l’abnégation plus que de la performance  ne concerne qu’un microcosme de web-addict auquel j’appartiens. Seulement, le portait d’Internet qui se dessine au fur et à mesure de mes explorations me fait dire qu’il ressemble davantage à un autoportrait qu’à un paysage.

Pire, certains réseaux sociaux comme Facebook semblent se transformer en « tout-à-l’égo » comme le stipule Grégoire Chevallier dans cet article. Une volonté de parler pour ne rien dire, si ce n’est pour avoir l’impression que le post va intéresser notre réseau. Une passion pour se regarder le nombril et pas dans l’utilisation des fonctionnalités qu’offrent ces plateformes.

Évidement certaines personnalités du web et entreprises avant-gardistes ont intelligemment pris la voie de la collaboration et ne jurent pas que par leur égo. Mais il est toujours plus intéressant et constructif de pointer les aspects négatifs que de se congratuler à rassembler les bons élèves. Ce ne sont pas les trolls qui diront le contraire !

 

Le rôle de l’égo chez le Community Manager

Pour la plupart des gens, s’il y a bien un corps de métiers qui ne souffre pas de problème d’égo c’est Bien le Community Management. Et bien oui, ces « travailleurs » du net, ce sont ces petits jeunes un peu geeks qui passent du temps sur Facebook pour gagner l’équivalent de la caverne d’ali-baba toutes les semaines. NOM DE ZEUS ! Encore ces maudits stéréotypes.

Ce que l’on a tendance à omettre, c’est que le Community Manager est en première ligne sur le front glissant du marketing interactif. Il n’a pas de parachute (même doré) en cas de déséquilibre, et les internautes sont souvent clients de maladresses de sa part. Le fait de représenter la marque sur internet est une lourde tâche qui demande beaucoup de maîtrise, surtout si la marque en question traine toutes ses casseroles passées. Bref vous l’aurez compris il ne suffit pas d’être « le kéké des plages » pour assumer cette profession et gérer des communautés de milliers d’internautes. Dans ce cadre, on se doute que bomber son torse velu pour exhiber ses chaines en or n’est pas la meilleur technique. Tout simplement car un bon Community Manager doit avant tout laisser son égo de côté pour le remplacer par de l’altruisme et de l’empathie.  Cela peut paraitre simpliste, mais la vérité est que lorsqu’un internaute ressent un ton hautain ou dédaigneux, il ne l’attribut pas à la personne qui tape sur son ccccccclavier mais bien à l’enseigne qu’il représente. Un bon Community Manager doit ce poser la question « Que puis-je faire d’utile pour ma communauté aujourd’hui ? ». Il doit éviter de tomber dans les travers « Combien de RT puis-je gagner grâce à mes articles aujourd’hui ? ».

Et quand on sait que les Community Managers reçoivent leurs directives des responsables marketing et communication, on se dit que c’est toute l’entreprise qui doit outrepasser son égo pour adopter une communication humaine. Ce qui amène à un exercice peu évident visant à valoriser le « vous » et non le « nous ». Au delà de ces considérations, cette dénaturalisation de l’égo correspond plus à un état d’esprit général à adouber qu’à une révolution sur la nature humaine à mener.

On parle souvent des capacités journalistiques et d’expertise des community managers. Des 8 années d’expériences nécessaires pour postuler à un poste alors que le métier n’a émergé que depuis 4 ans. À mon goût, la vraie qualité du Community manager est sa capacité d’adaptation. S’adapter à l’entreprise, s’accommoder aux situations, s’accorder aux interlocuteurs. C’est dans la compréhension des besoins d’autrui qu’il trouve son angle d’intervention. Internalisé ou en freelance, le Community manager doit toujours faire passer les autres avant lui, et mettre un point d’honneur à positionner ses interlocuteurs au centre de son travail. Demande de l’altruisme, de l’écoute et de la réactivité.

Les émotions les plus simples sont souvent celles qui ont le plus d’impact. En effet, les internautes apprécient plus la personnalité sympathique et la réactivité du Community Manager que sa faculté à pondre un argumentaire pertinent. C’est pourquoi une simple réponse personnalisé, humoristique ou honnête aura un toujours un impact plus direct qu’un jeux concours national mené tambour battant.  Le Community Manager de Bouyges, le fameux Tanguy est bien placé pour en parler.

 

Ouverture d’esprit

S’il vous prend l’envie de débattre de ce sujet à votre entourage, n’en parlez pas à votre patron, il risque de vous forcer à prendre des RTT. Quand bien-même, ne dites pas que la source de votre lubie philosophique vient de mon blog, le mien risque d’être au courant :) ! Car il est vrai que cette analyse va à l’encontre de toutes les obligations marketing et considérations financières.

J’ai bien conscience que cette réflexion prend essence de part mon appartenance aux web-addict et à mon corps de métier. Cependant, la direction qu’internet semble prendre me laisse penser que l’on fait fausse route. Le succès d’une marque ne réside pas toujours dans son taux d’engagement et son score Edgrank. Même si valoriser l’estime de soi des membres de sa communauté peut être une orientation salvatrice, s’intéresser à eux reste la meilleur manière de les faire venir naturellement. Les logiques de communication humaines ont été entendues, mais ont-elles été comprises ? Oui le budget n’est pas toujours au rendez-vous, le temps vous manque. Mais chercher à gonfler ses statistiques ou feindre de se préoccuper des attentes des internautes pour simplement leur faire faire ce que vous désirez ne restera jamais que la matérialisation d’un jeu de mime.

Je précise que cet article n’a aucune ambition à faire la morale ou à adopter un ton condescendant. En outre, l’égo a beaucoup de points positifs. L’ambition, la volonté, la participation sont autant de sources vitales au web qui dépendent directement de l’égo des internautes.

Qu’importe les définitions et les perceptions de l’égo selon les cultures et les religions, ce qui compte c’est ce que vous en faites. L’idéal est de prendre du recul sur son jugement et de se poser la question de savoir s’il n’est pas seulement influencé par vos propres intérêts.

À l’heure où les outils sociaux nous font croire que l’accomplissement de soi est accessible au bout de ses doigts, comment percevrait-on le web si notre égo partait prendre des vacances pendant quelque temps ? Quelles serait la communication des entreprises si elles ne pensaient pas en premier lieu aux retombées de leurs actions ? Oui je sais je sais, je vais me retourner sur mon petit nuage me mettre une pâquerette dans les cheveux. Mais au delà des ces interrogations quelques peu candides et utopiques, quel parfum enivrant émane de ces réponses. Mon objectif est simplement de vous faire percevoir une brèche inexplorée.

À travers la question de l’égo, l’utilité de ce billet réside surtout dans la volonté de garder un regard critique. Les modèles de communications traditionnels ont beau être des pratiques usuelles qui ont fait leur preuves, cela ne vous empêche pas pour autant d’aller plus loin. Les vrais pièges se situent dans le mimétisme et dans l’immobilisme. Il faut éviter à tout prix de se reposer sur ses lauriers et d’avoir une confiance aveugle dans ses acquis. Pour garder une vision éclairée et affutée, il faut relativiser les usages normatifs. En outre, l’égo est un obstacle qui tend à nous amener vers une direction universelle, celle de la notoriété, de la reconnaissance, et au final le choix de la facilité. En prenant du recul et en laissant l’égo au placard, une nouvelle manière de pensée s’ouvre à nous. Un regard extérieur qui peut être salvateur, dans le sens où il peut vous permettre de vous différencier efficacement de la concurrence. C’est en cela peut-être que réside les vrais innovations. On a beau chercher un modèle vertueux, il y a forte à parier qu’il se trouvait déjà sous notre nez sans que l’on s’en aperçoivent. Alors relâchez la pression quelques minutes, faites abstraction de votre égo rien qu’un court instant et vous pourrez voir les  les choses différemment.

Allez, je vais allez respirer et prendre l’air. À non, je dois allez faire du référencement pour ma boite ;) !! #DireCeQueLOnFait VS #FaireCeQueLOnDit  :P

Je terminerai par une citation de Montaigne : «le vrai miroir de nos discours est le cours de nos vies »

PS : Si vous n’avez pas eu assez de lecture (presque certain!), je vous conseille  vivement de lire cet article passionnant de Willy Braun « Twitter et Facebook : la qualité ou l’égo, il faut choisir« 

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19 comments
Helene Albi
Helene Albi

Félicitations! J'aime beaucoup l'analogie de votre "description" de l'univers du CM avec celui des enfants- des internautes-. Le développement est imagé et ça le rend très explicite. Ravie de vous relire.

Benoît Faverial
Benoît Faverial

Bon. Il y a tellement de trucs à répondre à ce bel article que je m'excuse d'avance du wall of text :) J'ai lu quelque part (et je suis infoutu de retrouver la citation) "Gutemberg a appris à l'humanité à lire, Internet va lui apprendre à écrire" et je crois qu'une partie de la réponse est dans cette phrase : nous sommes encore dans une phase d'expérimentation infantile d'Internet pour une grande majorité d'entre nous : nous nous extasions à la moindre nouveauté et picorons de ci de là sans vraiment nous préoccuper de l'avenir. Comme des enfants. Et comme des enfants, nous souhaitons satisfaire notre cher égo en prenant conscience de la caisse de résonance qui nous est offerte. Avec des fortunes plus ou moins grandes selon que l'on souhaite s'investir dans cet exhibitionnisme social virtuel. On retrouve d'ailleurs avec le phénomène des "influenceurs" les même réflexes de cour qui s'exercent en dehors du web autour des puissants et des faiseurs de tendances, ça n'a fait que se déplacer sur les réseaux. Maintenant, sur le web, le retour de baton intervient beaucoup plus vite et plus fort. Donc le contre pouvoir se met en place naturellement dès que quelqu'un prend une place que "la communauté" n'estime pas appropriée ... Après tout, il faut quand même une incroyable vanité et un culot à toute épreuve pour oser penser que l'on peut ouvrir un blog (ou ouvrir sa gueule) sur Internet et penser que ça va intéresser du monde (je me permets de prendre cet exemple étant le malheureux propriétaire d'un blog moi même). Ce passage à l'acte est souvent accompagné d'une sérieuse remise en question quand on se rend compte que non, définitivement pas, la gloire n'arrive pas au 3ème article (ni même au 200ème, je peux en témoigner !) Ca, c'est pour l'aspect internaute, passons à l'aspect CM Il y a 4 ou 5 ans, vers la fin de la grande époque des forums, une question a soulevé des discussions à n'en plus finir chez les CMs de l'époque : devait-on laisser tomber le pseudonyme pour passer au nom réel. Après tout, avec notre nom, nous serions plus proches (mais plus attaquables), et nous pourrions capitaliser sur notre boulot d'une boite à l'autre. Et facebook aidant, nous avons de plus en plus travaillé sous nos noms propres, accompagnant l'évolution du web, mais étant toujours en position de pivot, donc avec des problématiques d'égo à gérer constamment, qui pouvaient en arriver à nuire à la boite pour laquelle on bossait. Globalement, le CM est un animateur de paroles. Si pour lui l'important est que ses utilisateurs lui parlent, c'est un attention whore (et il y en a plein dans le métier). L'important, quand on souhaite monter une communauté et la faire vivre, c'est que les gens qui la composent parlent entre eux. Le but ultime du CM est de faciliter à ce point le dialogue entre les membres de la communauté et entre les collaborateurs de l'entreprise qu'il en devienne transparent, et inutile. Les dérives égocentriques auxquelles on peut assister tous les jours sur les réseaux de la part de CM stars autoproclamés ne sont que des démonstrations d'amateurisme au mieux, et d'incompréhension du métier au pire. L'exemple de Tanguy de Bouygues est très pertinent : ce n'est pas son vrai nom, et son vrai nom on s'en fiche. Il a construit un storytelling crédible et authentique (en ne masquant probablement que son nom) lors de la crise accompagnant l'introduction de Free. Résultat, on se souvient de "Tanguy de Bouygues" mais c'est la boite qui a gagné les lauriers du dialogue, et si le CM s'est distingué, c'est en prenant en compte les demandes et en formulant des réponses, pas en se mettant en avant. Bref, si vos utilisateurs connaissent plus votre nom que celui de votre boite, you're doing it wrong. Parce que votre boite ne vous paiera jamais pour que l'on sache votre nom, mais le sien.

Arnaud.mn
Arnaud.mn

très bel article, très bien écrit, je découvre le blog pour la première fois mais je pense m'y attarder un peu !

Pascalou
Pascalou

Je viens de découvrir votre blog (via un post sur Viadéo) et cet article est le 2ème que je lis. J'aime beaucoup vos flirts rédactionnels entre le web2.0 et la psycho. Deux sujets qui m'intéressent beaucoup. Et ce sujet sur l'égo confirme ce que je ressens de dérivant et de désintéressant sur les "nouveaux" et fréquents usages des réseaux sociaux > des outils d'affichage et de maximisation de son égo. Et pourtant quels formidables outils pour la collaboration, la transmission, le partage...!! Tous les usages restent heureusement possible :-) à chacun d'y mettre l'âme et l'intention qu'il souhaite. Vais-je devenir une nouvelle follower, amie, abonnée, "curativatrice"... En tout cas je prendrai surement plaisir à vous lire de nouveau :-)

Quentin L
Quentin L

Salut Ronan ! Un bon article qui mérite de s'y attarder (longuement !) Pointer l'égo des Community managers est astucieux, d'autant plus que comme tu le dis, ils sont en première ligne sur les réseaux sociaux. Tout ça me fait penser à cette vidéo que j'ai vue récemment et qui m'a semblé intéressante : http://www.ted.com/talks/sherry_turkle_alone_together.html Comment la vie digitale permet l'illusion de relations sociales sous contrôle total. Nous faisant la promesse de n'être plus jamais seul. Mais c'est en défaillant et en étant maladroit que l'on construit notre image chez l'autre, et donc notre identité. Hommes ou enseignes devraient prendre garde à ne pas devenir "seuls ensemble". A ne pas devenir des entités vitrines incapables de tisser du véritable lien social. J'ai trouvé l'idée fine, notamment appliquée aux community managers ! Tu me diras ce que tu en penses :)

vianney
vianney

devant la lois j'espere ;)

Helene Albi
Helene Albi

Alors, tout le monde va penser que je suis très naïve, mais c'est vraiment ce que j'imaginais: le CM pensait avant tout à la communauté, à partager le bon, le bien , à conseiller des "trucs" archi tops, à fédérer, transmettre..dans l'idée : "je sais ce qui est bon pour toi...". En clair, une évidence même si on se doute que parfois l'orientation est commerciale, marketing ..mais est-ce un défaut ? Par contre, il est clair aussi que si son conseil, son idée, la promo qu'il fait d'une idée, d'un produit ..etc..est mauvaise, néfaste, voire malhonnête, il se grille tout seul: l'internaute ne lui pardonnerait pas cette erreur d'aiguillage, d'opinion et s'en détournerait. Alors, pour moi, un bon CM c'est celui qui me donne de bons conseils, de bons tuyaux, de bonnes idées et qui fait la promo de choses de High Quality.. NON ?

Emily
Emily

Excellent article qui me rappel qu'effectivement l'égo est omniprésent sur le web et les réseaux sociaux plus particulièrement. Cet article pousse à la réflexion et permet de voir les choses autrement, d'un point de vu plus objectif. Peut-être qu'il y a une autre façon de vivre le web ? Je pense que l'altruisme et la compassion ne sont pas incompatible avec le business car finalement très apprécié par les internautes.

Cabinet ostéopathe Lyon 6
Cabinet ostéopathe Lyon 6

Cet article fait l'effet d'un un petit electrochoc pour se rappeler les choses essentiels! Je crois que de toute façon, le CM est amener sans cesse à se remettre en cause, ne serait-ce que parce que le web évolue à toute vitesse et qu'il est obligé de se garder à jour constamment. Son ouverture d'esprit lui permet de survivre (ou pas)!

Xavier Foucaud
Xavier Foucaud

Bravo Ronan pour ce super article complet et très intéressant sur le concept psychologique de l'ego ! Surtout à l'heure où le web 2.0 nous permet de devenir un autre en gonflant son ego sur les réseaux sociaux. Etant moi-même community manager, j'ai beaucoup aimé le passage sur "Le rôle de l'ego chez le CM" :-) Je suis tout à fait d'accord avec ta phrase : "un bon CM doit avant tout laisser son ego de côté pour le remplacer par de l’altruisme et de l’empathie". Comme tu le dis bien, valoriser le "vous" avant le "nous" n'est pas évident, cela suppose de se mettre en retrait derrière sa communauté pour mieux la servir et lui apporter les informations utiles. Une très bonne lecture !

Ronan Boussicaud
Ronan Boussicaud

Merci beaucoup Helène, ça fait plaisir d'entendre ça ;) !

Ronan Boussicaud
Ronan Boussicaud

Gloups, je prends ma réflexion à deux mains (sisi)... Il est vrai que l'écriture sur le web est encore balbutiante. La démocratisation des supports de publication à transformer la gentille garderie en une usine à coup de projecteur. Pourtant, écrire pour son propre plaisir n'est pas un jeu d'enfant. Même si certains ne parviennent pas à faire autre chose que des gribouillages, mêmes les jeunes têtes blondes avides d'écrits de fond cèdent souvent à l'appel des RT. Finalement, dans ce bac à sable sans bords, tout le monde tente de faire son petit pâté de sable, en espérant que d'autres "camarades" lui disent qu'il est beau. Pour les entreprises, c'est malheureusement souvent ce cas de figure qui se présente. On se concentre sur l'image que l'on souhaite voir se refléter, mais on ne pense pas toujours à celle que les internautes souhaitent observer. Alors, on veut faire notre beau château de sable, mais on l'a monté dans le mauvais sens. On a fait un bon pont-levis et un magnifique donjon, mais on a oublier les fondations (les objectifs). Finalement l'étendard de la marque réalise qu'elle a investit sont temps et son argent dans une construction qui n'a de but que de gonfler leur estime et de rassurer leur bonne conscience. Une perte de temps. Le CM lui, en tant que porte parole du "régime" de l'enseigne ont le c*l entre deux chaises. Ils doivent être proche du souverain et des habitants. Alors mieux vaut montrer son visage, se donner un nom, plutôt que de jeter les couleurs du drapeau de la marque à chaque commentaire. mais à trop vouloir chercher le soutien et la reconnaissance du peuple, le CM peut se satisfaire en leur dispensant uniquement ce dont ils ont envie et non ce dont ils ont besoin. C'est pourquoi bon nombre de CM cède à l'appel ardent des RT en pondant des grimoires à base de "les 10 façons de savoir si notre verre n'est pas empoisonné". Quand bien même, le CM ne semble pas gâcher le temps investit au yeux du roi, car il ramène de nouveaux habitants, de nouvelles fréquentations. Pourtant, est-ce de la population qualifiée, transformée...rien de certain. Certains peuvent même (comme tu le souligne) être en admiration devant l'aura du CM, mais pas des armoiries de la marque. Un piège dont il faut se méfier. Dans cet univers où chacun cherche un trône numérique ou poser ses fesses, la reconnaissance exige souvent plus de temps que pour diffuser de la connaissance. Un jeu de l'oie et de l'égo qui sert les amoureux des chiffres glorifiants, mais dessert ceux qui attendes des solutions innovantes et des informations qui poussent à la réflexion. Une parte de temps ? Au delà de ces considérations moyennageuses (oui l'inspiration m'amène bien loin...), il ne faut cependant pas négliger le fait que bon nombre d'internautes ont besoin de contenus accessibles, et rapide à consommer. Il faut de tout dans un monde, surtout aussi vaste que celui du web.

Ronan Boussicaud
Ronan Boussicaud

Et bien merci Arnaud !! Au plaisir d'échanger autour de ces thématiques sur le blog, ou sur les médias sociaux ! Bonnes lectures ;)

Ronan Boussicaud
Ronan Boussicaud

Salut "Pascalou", Et bien je suis ravi que mes flirts te plaisent :P !! Il est vrai que la question de l'égo occupe une place prépondérante sur Internet, et la réputation numérique n'est que la partie visible de l'iceberg. Pourtant comme tu le dis, ces médias offrent des possibilités d'usages presque infinies. Toutefois, il est dans notre nature d'utiliser les outils à des fins personnelles et égocentrique. Ce rapport au monde est inscrit dans notre ADN je pense. En attendant que tu devienne follower, amie, abonnée ou « curativatrice », j'espère que mes écrits continueront de t'inspirer ;)

Ronan Boussicaud
Ronan Boussicaud

Hello Quentin, Comme tu le souligne, les outils du web social prônent l'illusion de la socialisation outrancière alors qu'elle les rend en réalité légèrement mercantiles. Vraiment intéressant cette vidéo. Elle témoigne bien d'un sentiment possible de confinement et d'une logique de relations par intérêts plus que par affinités sur la toile. Merci pour la source ;) !

Ronan Boussicaud
Ronan Boussicaud

Hello Helene, Ce n'est pas naïf d'avoir cette représentation de la fonction de community manager car c'est celle qui a été largement présentée au grand public sur la toile. Seulement entre la théorie et la pratique, il y a un fossé. Et bien souvent les intérêts passent avant tout. On attend beaucoup de recevoir sans forcément donner en amont. Au delà du Community Manager, il faut bien avoir en tête qu'il y a une armada de marketeurs qui confectionnent la stratégie de communication. Même si la personnalité du Community Manager est importante, il reste dépendant du positionnement de la marque qu'il représente.

Ronan Boussicaud
Ronan Boussicaud

Et oui Emily, la réflexion nous est salutaire, mais elles ne plait plus il faut s'y faire ;) !! Non ces notions sont loin d'être incompatibles avec le business, mais elles sont loin d'être la préoccupation première des gens qui le recherche :-/

Ronan Boussicaud
Ronan Boussicaud

Je suis ravi d'entendre l'expression "electro-choc" car c'est exactement la réaction que je souhaitais prodigué, dans l'idéal. On s'attardent malheureusement trop souvent sur les détails à mon goûts. Et à force de loucher sur notre nombril on en oublie de regarder devant soi (selon moi). Une piqûre de rappel pour relativiser peut donc permettre d'être à jour dans ses vaccinations :P

Ronan Boussicaud
Ronan Boussicaud

Merci d'avoir été le premier à oser prendre la parole Xavier. Hélas toutes ces bonnes paroles ne pèsent pas bien lourd face à l'appel du Chiffre d'Affaires. Mais bon, elles ont le mérite de s'attarder sur une idéologie. Au plaisir sur e-marketing ;)

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  2. [...] ce sujet, Ronan Boussicaud a développé des réflexions passionnantes à propos de notre relation d’ego avec les réseaux sociaux et plus particulièrement sur les Community Managers, ce poste que presque tout le monde veut [...]

  3. [...] Aussi, en parlant de contenu qualitatif et d’égo, voici un super billet de Ronan sur l’égo dans le community management. [...]

  4. [...] Cet or que nous avons en main est plus utilisé comme un outil de reconnaissance que de connaissance. Les médias sociaux sont des passerelles sociales formidables, mais le rapport direct que nous entretenons avec renvoie à nos démons spirituels de l’égo. [...]

  5. [...] devant l’expression et vous invite à lire l’article de Ronan Boussicaud : Les Community Managers sont-ils tous « Ego » ? Introverti 2, extraverti [...]