Les dangers du web : une erreur de jeunesse ?

 

On le lit souvent dans les articles, on l’entend souvent lors de conversations, les plus jeunes sont plus exposés aux dangers du web car ils ne font pas suffisamment attention aux informations qu’ils partagent. Outre la génération Y (18-27ans) qui peine toujours à assurer sa légitimité, la génération Z (8-17 ans) semble irrémédiablement cloisonnée à une perception de jeunes candides et irresponsables.

C’est pourquoi, malgré leur nombre sans cesse grandissant sur la toile, les communautés de jeunes internautes ne séduisent pas. Les jeunes meuglent pour se plaindre ou insultent systématiquement les internautes qu’ils suivent sur les réseaux de partage quand ils sont mécontents. Du moins c’est la représentation que l’on s’accorde à donner…

Cet article a pour vocation de passer outre les stéréotypes pour s’intéresser de près aux motivations et aux explications de l’impudeur des internautes.

 

La naïveté des plus jeunes

On le sait, les plus jeunes sont souvent les plus vulnérables. Pourquoi, car leur rapport à leur environnement se fait par tâtonnement, par exploration. Leur besoin naissant de s’inscrire de plus en plus jeune dans une sociabilité rassurante les a conduits à rechercher une intégration et une appartenance sociale sur le web. C’est donc tout naturellement que cette soif identitaire les ont déporté vers les réseaux sociaux, et en particulier Facebook et Youtube.

Pour étayer ces allégations et faire un état des lieux précis, TNS Sofres vient de réalisé une étude auprès de 1 200 jeunes de 8-17 ans pour l’UNAF, Action Innocence et la CNIL. Les chiffes sont sans appel :

  • 48% des enfants de 8-17 ans sont connectés à un réseau social (Facebook).
  • 18% des moins de 13 ans sont connectés, avec l’accord de leurs parents à 97%
  • 57% des élèves du collège sont connectés / 11% des élèves du primaire
  • Les jeunes se connectent souvent seuls : depuis leur ordinateur personnel (50%) et leur mobile (23%)

 

Cette facilité à dénudé son identité sur le web apparaît d’autant plus préjudiciable qu’un adolescent compte en moyenne 210 amis sur Facebook. Sans compter que 31% des sondés avouent avoir accepté dans leurs contacts des personnes qu’ils n’avaient jamais rencontrées.

Parfois conscients des risques, ils ne savent forcement s’en préserver. Combien existe-t-il d’utilisateurs Facebook âgés de moins de 13 ans alors que le site l’interdit normalement ? Mais comment résister alors que tous ses camarades de classe échangent sur ce support ? Il est pourtant si facile de contourner la réalité pour se créer une image virtuelle qui nous convient mieux.

 

Génération Z = génération Y ?

La génération Y a beau étre née dans l’informatique, les usages étaient différents et les réseaux sociaux tels que nous les connaissons n’existaient pas encore pour la plupart lors de nos 12 ans. La majorité des internautes de cette catégorie (moi le premier) de disposaient donc pas d’une « vie virtuelle » affirmée et revendiquée dès le collège.

Outre ce décalage, les plus jeunes ont surtout plus de difficultés à dissocier le réel du virtuel. Pour les enfants et les adolescents d’aujourd’hui, les relations virtuelles s’inscrivent dans une réalité directe, leur rapport au monde à eux. Ceci s’explique par le fait que les plus jeunes tentent par le web de se créer avant tout une identité personnelle alors que la génération Y disposant déjà d’une identité clairement établie voit dans le web un outil d’identité sociale. Ainsi, là où les « grandes personnes » parviennent à segmenter les contacts comme des sphères (oh non pas encore Google+ !!), les plus jeunes rencontrent des difficultés à étiqueter leurs échanges et ainsi protéger leurs publications de certaines personnes.


Pour les enfants et les adolescents, la relation sur le réseau n’est pas vraiment virtuelle. Cet outil n’est qu’une passerelle vers la vraie vie :

  •  92% utilisent leur vraie identité et livrent beaucoup d’informations personnelles
  •  Leurs activités sont principalement les commentaires et la publication de photos (surtout pour les filles à 88%)

Très grossièrement, on peut distinguer deux périodes distinctes chez la génération Z, qui comportent chacune leurs propres mécanismes :

  • L’enfance : Difficulté à associer un acte et ses répercutions sur le long terme. Mécanisme d’imitation des pratiques observées.
  • L’adolescence : sentiment d’invulnérabilité, d’étrangeté aux risques. Volonté de singularisation par l’exploration.

Les jeunes adultes ont de leur côté plus de recul car ils ont plus de vécu sur la toile. Leur historique est également jalonné de documentaires sur les dangers du web et d’expériences personnelles à oublier. La génération Y parvient donc beaucoup plus à comprendre l’intérêt de contrôler et modérer ses publications.

 

La faute aux parents ?

L’étude du TNS met également en lumière le fait que les parents sont souvent trop distants de ces problématiques, soit par un manque de vigilance ou résultant simplement d’un manque de connaissances sur le support web. On peut penser que les parents souvent étrangers aux pratiques virtuelles à la mode ne perçoivent pas ou peu les risques de cause à effet qu’elles induisent. Si l’instinct parental interviendra pour avertir nos chers bambins de ne pas parler aux inconnus ou de ne pas accepter des bonbons de la part d’étrangers, les maux presque invisibles percutant l’enfant à travers l’écran peuvent leur paraître bien secondaires, voire anecdotiques.

Les parents sont donc assez peu associés à une vigilance inconditionnelle :

  • Seulement 55% des 8-17 ans discutent avec leurs parents des réseaux sociaux (et principalement du temps d’utilisation plus que des usages)
  • 49% d’entre eux sont « amis » avec leurs parents (mais ces derniers les utilisent beaucoup moins)
  • 55% se disent surveillés dans leur utilisation de Facebook ; la vigilance des parents est plus marquée pour les plus jeunes (77%) et les filles (63%)

Quand bien même l’afflux d’émissions tenant de mettre en garde les parents sur les dangers du web, cela n’est pas encore suffisant. Ce n’est pourtant pas faute de vouloir faire peur car les «zone interdite» et « Capital » utilisent à merveille les musiques hitchcockiennes et les formulations signées Stephen King pour faire monter le stress. Même si les parents ne pourront jamais être l’œil collé à la porte entre-ouverte de leurs enfants, il convient de les informer des risques encourus par le dialogue, car Internet est avant tout un outil qui s’apprend et qui demande un apprentissage. Au pire, votre enfant vous clamera « Pfff t’es trop nul papa tu me fout la honte ! ».

Dans tous les cas il est certain que les parents ont un rôle de premier ordre à jouer pour protéger leurs têtes blondes. Même si ces deniers auront toujours le dernier mot, veiller et surveiller leurs usages pourra leur rendre service.

 

Apprendre au singe à faire la grimace

Une croyance bienveillante veut qu’en vieillissant, la maturité tant convoitée nous fasse devenir plus prudent et que l’on soit plus enclin à protéger notre vie privée. Mais là encore, ne nous refugions pas trop vite vers ces bons vieux aprioris. Car pour donner un conseil, il vaut mieux éviter d’être soi-même l’exemple de ce qu’il ne faut pas faire. Et à ce petit jeu on s’aperçoit que les adultes ne sont pas réellement meilleurs que ces petits geeks à culottes courtes.

Un professeur de psychologie et deux doctorants de l’Université de Guelph, en Ontario ont comparés les pratiques des usages sur Facebook : jeunes et plus âgés. Face à un sondage de grande ampleur,  les réponses suggèrent que 35 % des jeunes contre 29 % des adultes étaient sujet à divulguer des informations personnelles chez M. Zuckerberg. Pas le bonnet d’âne donc, mais quand on sait que les jeunes passent infiniment plus de temps sur le réseau, l’étau se ressert.

Une question se pose-alors : Pourquoi donne-t-on des informations sensibles aux sites que l’on utilise tout en sachant les répercutions que cela entraine ??

Il s’agit bien de la confiance à la marque. La très grande majorité d’entre nous considèrent que les services proposés par le site utilisé sont suffisants pour leur prodiguer nos informations personnelles. Un article plus complet sur le sujet sera rédigé pour mieux comprendre ce mécanisme.

Précisons que les adultes et les plus jeunes perçoivent cette divulgation d’informations comme du « donnant/donnant », mais en vue d’objectifs différents.  Si pour les adultes, l’utilisation du réseau social leur suffit, la génération Z y voit surtout un outil de « collecte d’informations entre amis ». Facebook apparaît donc pour eux comme un moyen de se forger une réputation et une popularité qu’il peut leur manquer en dehors du web.

Pour chaque génération, il existe des freins à cet effeuillage identitaire en ligne. Si les adultes y voient surtout un risque sur le plan sentimental et professionnel, les teenagers souhaitent plus protéger leur réputation pour éviter les rumeurs.

 

Au final : communauté de jeunes = +1 ou -1 ?

Inutile de nous fourvoyer, les différents sites et marques attendent des internautes leurs informations personnelles pour les utiliser. Dans cette dynamique, les plus jeunes sont les plus conciliants car ils se méfient moins.  Cependant considérer que la génération Z est totalement crédule et inoffensive serait une grave erreur.

Car les communauté de « jeunes » ont également des besoins précis et sont bien décidés à les combler. Comme je le soulignais dans mon article sur les communautés Youtube, il ne faut pas sous-estimer le pouvoir des jeunes internautes pour se faire entendre massivement.

Seulement la génération Z a une utilisation particulière du web. Du fait d’un temps libre plus conséquant  et dans une démarche de socialisation identitaire, ils participent beaucoup plus au dialogue que la plupart des adultes. Cette facilité à prendre part aux échanges est une bénédiction pour les marketeux qui désirent générer des réactions. Même si parfois les débats peuvent parfois être peu intellectuels, ils ont au moins le mérite d’exister.

Cependant il ne faut pas oublier qu’un jeune public a besoin d’un interlocuteur adapté avec un discours qui résonne à travers leurs problématiques générationnelles. Les communications commerciales et verticales ne suffiront pas à retenir leur attention. Veillez donc surout à gardez votre ADN et votre naturel car c’est précisément pour cela qu’ils restent auprès de vous.

 

Et vous ? Que pensez-vous des jeunes et du web ?

Google+ Comments

4 Responses to “Les dangers du web : une erreur de jeunesse ?”

  1. bill says:

    l’étau se ressert? il avait encore faim?

  2. john5 says:

    Tout est abordé dans cet article, sauf le sujet qui donne son titre à l’article : les dangers du web.
    Qu’est-ce qu’on risque exactement ? Qui est la menace ? À quelle échelle ? On ne sait pas et c’est ça qui est fort avec la plupart des sujets journalistiques sur le thème : beaucoup de dramatisation (comme vous le dites si bien avec les « Zones Interdites » et autres émissions dont le niveau de connaissance du sujet approche souvent le zéro absolu), mais tout ça reste du vent. J’attends encore l’enquête statistique qui mettra en corrélation le comportement sur le web avec le nombre d’agressions ou autres conséquences à redouter… Si prudence est mère de sûreté, psychose est en revanche mère d’imbécilité. C’est vraiment regrettable qu’il y ait une telle désinformation sur le sujet…

    http://www.lemonde.fr/technologies/article/2011/01/13/les-dangers-d-internet-pour-les-enfants-largement-relativises_1464824_651865.html

  3. Bonjour Jonh5,

    Votre remarque est tout à fait pertinente et dénote un point qui mérite éclairage. Effectivement malgré le titre plutôt évocateur, mon article ne traite pas réellement de ces dangers virtuels. M’intéressant de près au community management, j’ai donc plus orienté mes écrits vers des arguments communautaires.

    Concernant les dangers à proprement parlé, je pense tout simplement que la désinformation sur le sujet est due à une difficulté de les quantifier. En effet même si ils existent bel et bien, la notion de danger et de risque induit à leur base une notion de subjectivité. Un danger pour une personne ne l’est sans doute pas pour une autre. Sachant qu’en parallèle les victimes peuvent ne pas désirer partager leur expériences malheureuses, les chiffres seront biaisés. Cet ensemble créer un contexte peu favorable aux études à mon avis.

    En espérant avoir répondu en partie à votre réaction. Sur le fond, je ne peux que m’aligner sur vos dires !

Leave a Reply

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Vous pouvez utiliser ces balises et attributs HTML : <a href="" title=""> <abbr title=""> <acronym title=""> <b> <blockquote cite=""> <cite> <code> <del datetime=""> <em> <i> <q cite=""> <strike> <strong>